(Yabiladi.com)

« La situation s’est retournée en quelques semaines », explique Najib Akesbi, économiste et enseignant à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, de Rabat. Le Maroc n’a reçu aucune offre de vente à son appel d’offre à l’importation de 300 000 tonnes de blé tendre des Etats Unis, en dépit de leur accord de libre échange, a rapporté Reuters, lundi 13 août. En deux mois, entre le 15 juin et le 14 août, le prix du blé a explosé, augmentant de 25%, pour atteindre 255 euros la tonne. Les cours mondiaux des céréales ne sont plus en moyenne que 5% en dessous de leurs niveaux de 2008, année de crise alimentaire mondiale pendant laquelle des émeutes de la faim avait eu lieu, rapporte Slate.fr. En cause, la crise de production aux Etats Unis et en Russie les deux principaux producteurs de blé et de céréales au monde.

« Le Maroc était en situation délicate depuis le début de l’année; le Maroc allait être un gros importateur, ça on le savait déjà. Mais la situation s’est retournée : avec des récoltes très mauvaises les Etats Unis et la Russie cherchent d’abord à préserver leurs stocks, avant de penser à exporter », explique Najib Akesbi. En somme, aux effets de la sécheresse marocaine s’ajoutent les effets de la sécheresse aux Etats Unis et en Russie. Alors que les marchés internationaux étaient un recours pour le Maroc, ils ne le sont plus.

Mêmes les accords agricoles de libre échange signés entre par le Maroc avec les Etats Unis et l’Union européenne ne sont plus d’aucun secours pour le Maroc. En principe, ces accords offrent la possibilité aux céréaliers américains et européens d’exporter du blé tendre au Maroc, dans certaines limites, en fonction de la production marocaine interne, en bénéficiant d’un abattement de 38% des droits de douane.

Aujourd’hui, deux effets se conjuguent. « Pour que le Maroc importe du blé selon ces termes, encore faudrait-il que les pays exportateurs veuillent exporter, or la priorité pour eux est d’assurer leur sécurité alimentaire. La logique politique prime », explique Najib Akesbi. D’autre part, par la logique du marché, en situation de rareté du blé sur les marchés, « les prix internationaux du blé ont tellement augmenté en juillet que l’avantage représenté par l’abattement de 38% des droits de douane est annulé, précise l’économiste, car il s’agit d’un avantage en situation de concurrence, or, actuellement, il n’y a plus de concurrence des offreurs sur les marchés du blés. »

Si ses accords de libre échange ne sont plus d’aucune utilité pour le Maroc, où pourra-t-il acheter le blé dont il a besoin ? Vendredi 17 août, le Maroc devrait rendre public un nouvel appel d’offre pour l’importation de 300 000 tonnes de blés tendre en provenance de l’Union européenne. Les courtiers marocains et internationaux estiment qu’il subira le même sort que celui destiné aux Etats Unis, rapporte Reuters.

« Je pense que le Maroc peut encore s’approvisionner mais il devra payer très cher son blé, le payer au prix du marché », estime Najib Akesbi. Dans ce cas, c’est la caisse de compensation, et donc l’Etat qui paiera la différence en grevant encore un peu plus les finances publiques marocaines. Déjà, une note de conjoncture de la Direction des études et de la prévision financière relevant du département de Nizar Baraka annonce que durant les deux premiers mois de cette année, les interventions de la caisse se chiffrent déjà, exactement, à 9,7 milliards de dirhams, soit une hausse de 39,3% par rapport à la même époque en 2011.