(L’Economist)

LE Maroc et la Libye vont-ils ouvrir une nouvelle page dans leurs relations bilatérales ? On peut le dire sans risque de se tromper vu l’importante délégation gouvernementale libyenne attendue pour une visite de deux jours dès aujourd’hui au Maroc.
Présidée par le Premier ministre en personne, cette délégation compte au moins dix ministres. Rabat et Tripoli avaient fait part, dès le lendemain de la chute du régime de Mouamar Kadhafi, de leur volonté de repartir sur de nouvelles bases dans leur coopération. L’échange de visites de délégations pour explorer les domaines de cette coopération a ainsi été inscrit en tête de liste des priorités des deux capitales pour, à juste titre, inaugurer une nouvelle page dans les relations entre les deux pays.

Les deux pays s’acheminent vers une alliance stratégique

En programmant cette visite au Maroc, la première après l’installation de son Conseil national, le gouvernement libyen veut, sans aucun doute, «récompenser» le Maroc pour sa prise de position en faveur du soulèvement en Libye.
Pour rappel, Taieb Fassi Fihri, alors ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, a été le premier responsable arabe à se rendre fin août 2011 à Benghazi, quelques jours après la chute de Tripoli. Auparavant, Rabat avait reconnu le CNT «comme représentant unique et légitime du peuple libyen».
Aujourd’hui, au moment où il semble que les pendules ont été remises à l’heure dans le domaine politique, les relations économiques vont certainement pousser les deux pays vers une alliance stratégique dont l’épine dorsale pourrait être la reconstruction de ce qui a été détruit par les combats entre l’armée de Kadhafi et les
insurgés. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Maroc Export a organisé du 13 au 20 décembre dernier une opération de prospection dans les deux plus grandes villes de la Libye, Tripoli et Benghazi.
Parmi les secteurs ciblés par cette opération de charme, figurent le BTP, l’agroalimentaire, les nouvelles technologies de l’information, le matériel électrique… Un peu plus d’une semaine après, une délégation libyenne de haut niveau a été reçue au siège de l´Asmex (le 9 janvier 2012). Les représentants des différents secteurs d´activité intéressés par le marché libyen (textile et habillement, IMME, pharmacie, agro-industrie, pêche, etc.) ont pu rencontrer leurs homologues libyens. Les membres de la délégation libyenne avaient alors informé que plusieurs chantiers sont ouverts dans leurs pays et invité les opérateurs marocains à se positionner sur ces marchés.
Mais sur le volet des échanges commerciaux entre les deux pays, le tableau n’est pas rose. Les exportations ont enregistré un recul de 24% en 2011 alors que les importations ont connu une baisse de 70%. Quant à la valeur globale des échanges, elle a tout simplement reculé de 49%.
Cependant, il est certain que le Premier ministre libyen ne vient pas au Maroc seulement pour faire appel à l’expertise marocaine quoique elle bénéficie d’un grand intérêt de la part de Tripoli.
Il y a d’autres questions qui sont encore en suspens. A commencer par la question des avoirs libyens investis au Maroc sous l’ère Kadhafi. Deux fonds ont permis de porter ces investissements: le Libya Africa Investment Portfolio et la Libyan Foreign Investment Company (Lafico), filiale du fonds souverain Libyan Investment Authority (LIA). Les opérations les plus connues restent le Kenzi Tower Hotel qui a coûté aux Libyens quelque 880 millions de DH et l’opération de rachat de la compagnie pétrolière Mobil Maroc par Oilibya devenue très active depuis. Pour 2011 et au premier semestre de 2012, aucune opération d’investissement n’a été enregistrée avec la Libye. Et cela se comprend vu la situation qui prévalait dans le pays.

Jamal Eddine HERRADI