Il y a une hypersensibilité du Maroc à la pluie. De ce don d’Allah dépendent encore les conditions de vie de 43 % de la population habitant les zones agricoles, qui assurent 15 % de la richesse du royaume. Que les averses fassent défaut et tout le monde voit les vaches maigres de retour.

C’est le cas cette année, où le déficit pluviométrique serait de plus de 50 %. Caprices de la météo qui sont pour les Cassandre l’occasion de souligner les fragilités du pays, à savoir l’aggravation des déficits, la croissance du produit intérieur brut, qui plafonnerait cette année à moins de 3 %, les réserves et les exportations en baisse, les 40 % d’analphabètes, le chômage de la moitié des jeunes Marocains, la dépendance à l’égard d’une Europe étranglée par ses dettes et qui consomme nettement moins, y compris des vacances au sud de la Méditerranée.

À Casablanca et à Rabat, nombreux sont donc ceux qui broient du noir, certains en rajoutant pour compliquer la tâche d’un gouvernement qu’ils n’aiment guère. Leur scénario pessimiste a des fondements objectifs, mais il en est un autre, en demi-teinte, qui tient lui aussi la route.

Fin mai, on redoutait une récolte céréalière de 48 millions de quintaux, contre 88 millions l’an dernier. Elle s’élèverait finalement à 51 millions, en baisse de 42 % certes, mais un peu moins faible qu’attendu. Par ailleurs, hors agriculture, la production ne se porte pas mal du tout et devrait progresser de 3 % ou 4 % en 2012, notamment avec le décollage commercial du monospace Lodgy de Dacia-Renault à moins de 10 000 euros, qui va faire un tabac en Europe.

Les exportations de phosphates ne progressent plus guère ? Normal, après que l’OCP a profité de la pagaille du printemps tunisien pour tailler des croupières à son concurrent gafsien – les exportations marocaines affichant une hausse de 62 % en 2011 !

Les investissements étrangers sont en repli de 12 % ? Oui, mais les transferts d’argent des Marocains expatriés continuent de progresser légèrement. Le tourisme connaît un coup de froid ? Oui, mais la construction, l’électricité, le crédit font mieux que résister. La consommation domestique faiblit ? Oui, mais, même ralentie, elle devrait quand même être en hausse par rapport à 2011.

Les subventions aux produits de première nécessité pour éviter une contagion du Printemps arabe ont dégradé les comptes publics et la balance commerciale ? Oui, mais le gouvernement a eu le courage d’augmenter de 20 % le prix de l’essence et de 13,6 % celui du gazole pour endiguer ces déficits.

On pourrait souligner encore que, depuis la fin de 2011, le recul des cours mondiaux des matières premières, à commencer par le pétrole, va dans le bon sens. Que le regain des prix alimentaires laisse espérer plus d’exportations de phosphates pour la production d’engrais. Que la faible inflation (maîtrisée aux alentours de 2 %, et inférieure à celle de ses partenaires et de ses concurrents) et la légère dévaluation du dirham compensent une productivité insuffisante.

Imaginons que les États-Unis continuent leur lente reprise, que la Chine et l’Inde conservent des taux de croissance robustes et que la zone euro rebondisse d’ici à la fin de cette année, les marchés étant enfin rassurés sur sa capacité à honorer ses dettes.

Imaginons que le programme Desertec, avec ses hectares de panneaux solaires, se concrétise et que les entreprises marocaines accentuent leur percée au sud du Sahara.

Imaginons que les ports de Tanger séduisent de plus en plus d’entreprises internationales.

Le pire n’est donc rien moins que sûr.

Il n’empêche, le royaume chérifien n’a pas beaucoup de marge de sécurité. Quatre mois d’importations en réserve, ce n’est pas énorme. La carence en cadres intermédiaires, la faible productivité de la main-d’oeuvre, la mauvaise gestion de l’eau, le blocage du foncier, la corruption sont autant de verrous à faire sauter.

Les responsables marocains savent comment refonder la protection sociale du pays, conforter la régionalisation, juguler les déficits. Ils ont commencé à aller dans la bonne direction des réformes. Souhaitons que les menaces actuelles les persuadent de presser le pas pour que leur pays ne dépende plus de la pluviométrie ou de l’Europe.

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